Partir à la découverte d’un territoire, ce n’est pas seulement photographier de beaux paysages, faire des activités sympas et manger de bons petits plats. C’est aussi rencontrer, échanger, partager et créer des liens avec les acteurs qui font vivre cette région. Et réaliser leurs portraits fait partie du travail de photographe-reporter.

© Ariane Fornia – www.itinera-magica.com

Nos reportages nous ont permis de faire de nombreuses rencontres, et d’apprendre aux côtés de ceux qui vivent ici. En cette période de crise sanitaire où le contact avec les gens est limité, je vous propose un petit tour d’horizon des histoires qui se cachent derrière les portraits que je réalise quand nous travaillons pour une destination. Et parce que je ne pourrais malheureusement pas parler de tout le monde, j’ai choisi 10 portraits, 10 moments importants de ma vie de photographe.

1- Karine

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Novembre 2020, le deuxième confinement est annoncé. La France s’éteint à nouveau, mais nous continuons à travailler. Nous avons exceptionnellement le droit de partir en reportage en Haute-Maurienne pour la presse, et nous mesurons la chance que nous avons. Au programme de notre premier jour, une visite guidée du village de Bonneval-sur-Arc et des hammeaux alentours avec une guide de montagne originaire de la région : Karine Routin. Karine nous raconte l’histoire de ce petit village préservé et nous amène découvrir le hameau de l’Ecot. Là, sous un doux soleil d’hiver, elle nous offre une collation des plus typiques des Alpes : du pain fait maison avec un beaufort AOP, un « café des bergers » – infusion à base de Serpolet et de miel produit par elle-même – et du chocolat. Nous passons un moment chaleureux et convivial. Nous parlons de nos histoires et de nos vies comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Puis il est l’heure de rentrer, et en guise d’au-revoir, Karine nous offre l’album de son mari, musicien et amoureux de sa région Philippe Roger. Quand j’écoute Val Cenis Song, je pense à Karine et à cette pause au soleil dans l’un des plus beaux recoins secrets que je connaisse dans les Alpes ; et j’espère qu’un jour, nous nous rencontrerons à nouveau.

2 – Nicolas

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Saint Martin de Belleville fait partie du grand domaine skiable des trois Vallées, avec les Ménuires et Val Thorens. C’est une station plus petite dont on parle moins, mais qui en vaut vraiment le détour. Nous avons eu la chance d’y réaliser un reportage proposant des alternatives au ski de piste en février 2021, et c’est lors d’une randonnée à raquettes que nous avons fait la connaissance de Nicolas. Nicolas Simond est un moniteur de l’ESF, et il a pour mission de nous emmener faire une promenade dans la neige. Il choisi Villarenger, son village natal, où il vit encore aujourd’hui. Nicolas est très attaché à sa vallée, et il nous parle des sommets avec lesquels il a grandi. En montant sur les hauteurs, il nous montre une jolie maison de bois : « c’est ma maison, c’est moi qui l’ai construite » nous annonce-t-il. Puis il nous propose LA pause traditionnelle quand vous faites une rando avec un « monsieur de la montagne » : il sort deux petits verres et du génépi fait maison. Je trinque et bois avec lui, et ce génépi a le goût particulier de l’authenticité et de l’amour du partage. Nicolas nous ressert un verre. La sortie s’achève par un dernier stop à « la Croix », d’où on voit le village de Saint Martin de Belleville et mon nouveau sommet préféré Crève-Tête. Et avant de partir, j’offre à Nicolas un polaroïd de cet instant qui m’a profondément touchée.

3 – Fernande

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Saint Martin de Belleville, toujours. Après notre promenade, Nicolas nous amène à la ferme de Villarenger rencontrer les chèvres et les cabris qui viennent de naître. Nous tombons évidemment amoureuses de toutes ces petites chèvres trop mignonnes qui viennent têter nos doigts et réclamer des caresses. C’est Fernande qui nous reçoit. Fernande est la maman de la propriétaire et gérante de la ferme, et elle aide sa fille à prendre soin de sa petite entreprise. Elle s’occupe en partie des animaux, chèvres et chevaux, et c’est aussi elle qui fait le fromage. Elle nous présente l’endroit où elle travaille, ainsi que sa cave à fromage – celle-ci est vide, les tomes de Fernande ont eu un succès fou cette année. Quand je lui demande si je peux la photographier, elle hésite : je comprends, elle n’est pas la gérante et n’a pas envie d’être mise plus en avant que sa fille. Nous discutons encore un peu, et elle accepte finalement de faire face à mon objectif. Je n’ai pris qu’une seule photo : celle-ci. Je la remercie chaleureusement et lui dit « vous avez un très joli prénom : mon papa s’appelle Fernand ». Ce à quoi elle me répond, toujours en souriant « c’est aussi le prénom de mon papa ».

4 – Florian

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En juillet 2019, nous avons eu la chance de faire un road-trip dans le Tyrol Autrichien, sur la route des plus beaux hôtels spa de la région. Ces établissements sont restés familliaux, et à l’hôtel Post Steeg nous rencontrons toute la famille Obwegeser. Ils nous adoptent, littéralement. C’est Resi, monitrice d’équitation et cavalière, qui va s’occuper de nous pendant notre séjour ici. Le deuxième jour, elle nous propose de monter au chalet d’alpage en vélo électrique afin de goûter les kasespätzles de Florian Obwegeser. Florian est jeune et sort tout juste d’une école d’hôtelerie. Il travaille avec ses parents à Steeg, et lui et son papa nous accueillent au chalet. Le temps n’est pas avec nous, mais le plat préparé par Florian est un délice : les meilleures spätzles de ma vie. Nous terminons sur un verre de génépi (nous sommes dans les Alpes, n’oublions pas!), et avons du mal à rouler droit sur le retour ! Le lendemain, la pluie nous retiendra dans une buvette de montagne, entourées d’autrichiens abreuvés de vin blanc, avec Florian et son papa ne laissant jamais nos verres vides. Un moment d’immersion très rare, et de sentiment d’appartenance à une famille soudée et heureuse de nous faire entrer dans leur quotidien.

5 – Angélique et Camille

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Domaine de la Giscle, Cogolin. Nous venons découvrir les bons vins produits dans le Golfe de Saint Tropez. On nous y explique le processus de ramassage du raisin, et la fabrication des différents vins, rouges, rosés et blancs. On nous montre et on nous fait goûter les vins aux différentes étapes, avant de nous rendre en boutique pour la dégustation du produit final. C’est là que nous rencontrons Angélique et Camille Audemard, les filles du propriétaire du vignoble. Toutes les deux passionnées, elles nous présentent plusieurs vins : 2 blancs et 2 rouges, et nous offrent une bouteille de notre préféré. Avant de partir, nous leur demandons de les photographier toutes les deux, ensemble. Le vin reste encore un secteur particulièrement masculin ; et ces deux jeunes femmes motivées et investies, passionnées par leur métier, a fait vibrer mon petit coeur de féministe.

6 – Laura

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Avoriaz est une station entièrement piétonne, où les traineaux tirés par des chevaux remplacent les voitures. En février 2021, j’ai découvert cette station pour la première fois, et nous avons eu le privilège de visiter les écruries et d’y rencontrer les cochers. L’un d’eux m’a particulièrement touchée : Laura, la plus jeune cochère d’Avoriaz. C’est sa première année et elle apprend le métier grâce aux autres cochers plus expérimentés, toujours très bienveillants. Agée de 22 ans, ses 4 chevaux sont hébergés ici et elle vit à leur côté. Elle a grandi en Haute-Savoie, et nous confie « travailler à Avoriaz avec mes chevaux, c’était un rêve ». Elle nous présente alors ses compagnons, et pose pour nous avec le plus grand cheval des écuries. Mais c’est au moment de partir que j’ai pris cette photo de Laura : elle venait de préparer Téquila et elle s’apprêtait à aller travailler. Une image vraie, saisie sur le vif, sans mise en scène.

7 – Daniel

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Ah, Daniel. Daniel Guilly est guide de montagne à Saint Lary Soulan, dans les Pyrénées. Pendant notre reportage en septembre 2020, il nous amènera dans la réserve du Néouville, un espace sensible protégé qui regorge de particularités naturelles. Là, il nous apprendra à MARCHER, à vivre en montagne et nous pas à y « faire des choses ». Il nous rappellera que la montagne n’est pas un terrain de jeu pour touristes mais un état d’esprit. Qu’on aime la montagne non pas pour ce qu’elle nous permet de faire, mais parce qu’on y est bien. Que cet environnement fragile qui a mis tant d’année à devenir ce qu’il est aujourd’hui mérité d’être respecté et qu’il ne doit pas juste être un outil propice à la consomation. Daniel ne veut pas qu’on « fasse » des sommets, il en a assez de ce toujours plus d’activités, toujours plus d’accessibilité. Pour lui, c’est à nous de nous adapter, pas aux chemins de se transformer. Et quand nous arriverons au terme de notre rand… marche à pied, nous nous arrêterons boire un thé brulant et manger quelques graines en contemplant les lacs de la réserve, savourant simplement le fait d’ÊTRE en montagne.

8 – Wilfried Weiss

Wilfreid Weiss est un artisan et artiste autrichien, qui fabrique des ceintures en cuir de façon traditionnelle, en les brodant notament avec des plumes de paon. En reportage, nous sommes toujours très intéressées par l’artisanat local et les traditions des producteurs, et la découverte du travail de Wilfried fut captivante. Il nous a montré les différents types de ceintures, cloutées ou brodées, les chapeaux, les sacs, et même une tenue complète (que j’aurais bien rajouté à ma garde robe!). Nous avons senti à quel point il était heureux de partager sa passion avec deux blogueuses françaises, de nous livrer les secrets de son art afin de le faire connaître un peu plus et de valoriser son métier. Après ce portrait, il a demandé à ce que nous posions avec lui.

9 – Dominique

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Observer les animaux dans leur milieu naturel est une expérience unique. Aux Gets, en février 2021, Dominique Maitre nous a pris sous son aile pour nous amener à la rencontre des mouflons, cerfs, chamois et aigles de sa région. Dominique est un ornithologue passionné, amoureux de la nature et de sa diversité. Très investi pour la protection des oiseaux, il nous parle avec engoument des missions qu’il réalise avec la LPO – Ligue pour la Protection des Oiseaux. On sent qu’il a de l’expérience et qu’il connait bien son métier : chaque fois qu’il s’arrête nous disant « il devrait y avoir des animaux ici », il ne se trompe pas. Ce sont les tant attendus chamois qui nous font l’honneur de se montrer lors de notre collation de 11h, et nous les regardons fascinés, un thé brulant à la main. Le sourire de Dominique à l’évocation des habitants à poils et à plumes de la montagne fut très communicatif.

10 – Justine et Didier

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En février 2021, une tempête de sable du Sahara a donné aux Alpes une couleur sépia. Nous avions rendez-vous aux Gets avec Didier et Justine Lagorce, fondateurs du Gîte La Patte Nordic, pour découvrir la cani-rando dans la neige. Pendant une demie journée, nous avons marché tractés par leurs chiens : Balto, Oural, Yukon, Buck… Pendant cette belle randonnée, nous avons discuté des expériences de musher de Didier, et de l’avenir de Justine qui reprennait l’activité créée par son père. Ensemble, en famille, ils ont fait de la Patte Nordic un gîte atypique, où les chiens sont au coeur de tout. Nous avons passé une après-midi merveilleuse, et nous espérons vite retrouver Justine et Didier pour une nouvelle activité avec nos compagnons à 4 pattes!

Bonus – Thailande, noodle soup

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Je triche, cette photo n’a pas été prise lors d’un reportage, mais elle aurait pu. En février 2020, avant que la crise sanitaire n’éclate, j’ai eu la chance de partir en vacances en Thaïlande avec mes parents. Ce n’était pas leur première fois, et ils étaient très excités de partager avec moi leurs découvertes des précédents voyages. Un soir à Bangkok, après avoir marcher plus de 10km en béquilles, mon papa a choisi de nous emmener manger une Noodle Soup dans son endroit préféré. La journée avait été très longue, j’avais des crampes dans les bras et j’étais fatiguée. Ce repas fut l’un des plus beaux du voyage. Parce que cela faisait vraiment du bien de se poser avec un bon repas chaud, et parce que mes parents rayonnaient. La cuisinière se souvenait d’eux, et elles nous ont toutes trois acceuilli avec beaucoup d’enthousiasme et de gentillesse. Quand je leur ai demandé si je pouvais les prendre en photo, elles étaient ravies, et je leur ai promis que je reviendrais. Je regrette juste de ne pas leur avoir demandé leurs prénoms.

Parce que les voyages et les rencontres sont au coeur de ma vie et contribuent grandement à mon épanouissement personnel, je souhaite pour l’avenir que la crise COVID-19 ne viennent pas entacher ces expériences, et que les contacts humains ne soient pas « blacklistés ». Il est très important pour moi d’apprendre et d’échanger avec autrui, de m’instruire et d’ouvrir nos yeux face à d’autres habitudes, d’autres cultures, d’autres histoires. Je veux continuer à photographier les sourires de ceux qui prennent le temps de me parler d’eux, je veux continuer d’immortaliser ces instants et de m’en souvenir chaque jour de ma vie. A tous ceux que j’ai rencontré, en reportages, en voyages et même ailleurs, je vous souhaite d’être heureux. Prenez soin de vous.